Ma chère,
Fait toujours chier d’écrire au je, tu trouves pas? Pas moyen de faire autrement à une époque où s’effacer dans le nous n’a aucune valeur de conjugaison, et pas moyen de le dire sans tomber dans le cliché. Individuelle mais collective, sexuée mais impuissante, notre époque est tout ça à la fois et rien du tout, et fait j’en ai aucune foutue idée, disons-le franchement, parce que tout ce que je cherche présentement à faire c’est d’écrire, écrire sans y penser pour une fois, écrire sans effets de style sauf ceux, évidemment, qui sont le fruit de réflexes longuement travaillés au cours des années où je me suis pris d’affection pour les adverbes, les nuances, les phrases longues qu’on ne veut pas arrêter de peur de perdre le fil (le sien, mais pas de celui ou celle qui lit). J’aime ma langue, mais j’ai la langue à terre, la précision comme un carcan, il me manque le brut de la brute, la liberté du sans-génie. La vérité, à force de vouloir la cerner, se terre et angoisse, disparaît sous le vernis; la vérité est un astre de l’Univers primitif dont l’onde s’est décalée. Je veux, que dis-je exige du rouge sexe, du jaune décapant, du bleu glacial primal avant le gris rigoureux des jours râpeux.
Allez, je t’embrasse sans demander.
mardi 25 novembre 2008
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