lundi 10 novembre 2008

Ma chère,

On vit à une époque où il faut assurément de l’esprit. Tiens, en ce moment même (mais même pas au moment où tu liras ça hein, le présent de narration, ça vaudra jamais la messagerie instantanée, moi je dis), en ce moment même dis-je sans le dire, je me creuse ce qu’il me reste d’intelligence pour glisser, au milieu d’une phrase qui est décidément déjà trop longue pour garder ton attention et à la suite d’un complément circonstanciel de temps dont la longueur risque sans aucun doute de t’avoir fait perdre le fil, le détail qui tue, le jeu de mots spirituel, l’insinuation lubrique qui, elle, renouvèlera ton attention, me fera passer pour brillant, mais ennuyeux, et te laissera suffisamment de temps pour faire une pause pipi, intermède interactif de la phrase, au cours de laquelle tu pourras maudire les gens qui enchaînent les propositions relatives aux maîtresses circonstancielles, sans pour autant que tu manques quoi que ce soit de pertinent parce que, disons-le franchement, il faut vraiment n’avoir rien à dire et vouloir glisser incognito une vulgarité, que les fesses des nanas sont un pied de nez à la bienséance par exemple, pour réussir à faire une phrase de 190 mots déjà sans qu’Antidote ait quoi que ce soit à redire, sinon que tu es sans conteste passablement essoufflée et convaincue que je n’ai pas d’esprit, mais bien la volonté d’impressionner la galerie, galerie vide de surcroît.

Ah ça oui, il faut de l’esprit, mais de l’esprit d’entreprise car, dans le bas monde, qui branle dans le manche se branle.

Je suis le nouveau Proust à la sauce La Rochefoucauld. J’aurais voulu être un exercice de style.

Allez, je t’embrasse longuement. J’ai encore du soufre si t’as encore du souffle.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Eh! tu te laisses désirer toi! Tu m'as manqué... La Nana (de Lenclos) en moi est ravie.

Benoît a dit…

J'en suis tout aussi ravi, Mademoiselle.

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