0 commentaires mardi 25 novembre 2008

Ma chère,

Fait toujours chier d’écrire au je, tu trouves pas? Pas moyen de faire autrement à une époque où s’effacer dans le nous n’a aucune valeur de conjugaison, et pas moyen de le dire sans tomber dans le cliché. Individuelle mais collective, sexuée mais impuissante, notre époque est tout ça à la fois et rien du tout, et fait j’en ai aucune foutue idée, disons-le franchement, parce que tout ce que je cherche présentement à faire c’est d’écrire, écrire sans y penser pour une fois, écrire sans effets de style sauf ceux, évidemment, qui sont le fruit de réflexes longuement travaillés au cours des années où je me suis pris d’affection pour les adverbes, les nuances, les phrases longues qu’on ne veut pas arrêter de peur de perdre le fil (le sien, mais pas de celui ou celle qui lit). J’aime ma langue, mais j’ai la langue à terre, la précision comme un carcan, il me manque le brut de la brute, la liberté du sans-génie. La vérité, à force de vouloir la cerner, se terre et angoisse, disparaît sous le vernis; la vérité est un astre de l’Univers primitif dont l’onde s’est décalée. Je veux, que dis-je exige du rouge sexe, du jaune décapant, du bleu glacial primal avant le gris rigoureux des jours râpeux.

Allez, je t’embrasse sans demander.

0 commentaires mercredi 12 novembre 2008

Ma chère,

Un jour, je ne serai plus hors de moi.

Ce sera extra de pouvoir enfin gueuler à mon aise.

Allez, je t’embrasse.

0 commentaires mardi 11 novembre 2008

Ma chère,

Comment va la vie? Je sais, c’est trivial tu me diras, on nous a suffisamment martelé que le « Comment ça va » n’avait qu’une fonction phatique, façon savante de dire que la question ne sert qu’à établir la communication et qu’en vérité on ne nous le dit pas, on s’en fout de la réponse, mais à un point!

Eh bien, ils ont tout faux!

Parce que la vie hein, elle peut aller dans cette direction, dans l’autre, nulle part et partout, et quand la vie va, ça va ou ça ne va pas. Et moi, j’ai toujours eu l’envie irrépressible de me plaindre chaque fois qu’on me pose la question, question de faire regretter à mon interlocuteur de s’intéresser à ce qui se passe dans ma vie.

On n’a jamais suffisamment de gens autour de soi pour geindre ou gémir.

Allez, je t’embrasse.

2 commentaires lundi 10 novembre 2008

Ma chère,

On vit à une époque où il faut assurément de l’esprit. Tiens, en ce moment même (mais même pas au moment où tu liras ça hein, le présent de narration, ça vaudra jamais la messagerie instantanée, moi je dis), en ce moment même dis-je sans le dire, je me creuse ce qu’il me reste d’intelligence pour glisser, au milieu d’une phrase qui est décidément déjà trop longue pour garder ton attention et à la suite d’un complément circonstanciel de temps dont la longueur risque sans aucun doute de t’avoir fait perdre le fil, le détail qui tue, le jeu de mots spirituel, l’insinuation lubrique qui, elle, renouvèlera ton attention, me fera passer pour brillant, mais ennuyeux, et te laissera suffisamment de temps pour faire une pause pipi, intermède interactif de la phrase, au cours de laquelle tu pourras maudire les gens qui enchaînent les propositions relatives aux maîtresses circonstancielles, sans pour autant que tu manques quoi que ce soit de pertinent parce que, disons-le franchement, il faut vraiment n’avoir rien à dire et vouloir glisser incognito une vulgarité, que les fesses des nanas sont un pied de nez à la bienséance par exemple, pour réussir à faire une phrase de 190 mots déjà sans qu’Antidote ait quoi que ce soit à redire, sinon que tu es sans conteste passablement essoufflée et convaincue que je n’ai pas d’esprit, mais bien la volonté d’impressionner la galerie, galerie vide de surcroît.

Ah ça oui, il faut de l’esprit, mais de l’esprit d’entreprise car, dans le bas monde, qui branle dans le manche se branle.

Je suis le nouveau Proust à la sauce La Rochefoucauld. J’aurais voulu être un exercice de style.

Allez, je t’embrasse longuement. J’ai encore du soufre si t’as encore du souffle.

2 commentaires mercredi 5 novembre 2008

Ma chère,

Je dois me rendre à l’évidence, y’a pas que les nanas dans la vie même s’il y a de la vie dans la nana. Et pour une des rares fois, je n’oserai pas faire de jeux de mots nases avec vit dans cette phrase considérant, c’est pas moi qui le dis, que le terme demande un niveau de langue soutenu. Le vit est soutenu, soit. Qu’on se le dise, notre langue est voluptueuse, la verve appelle la verge, mais moi j’en ai marre, je suis (ça et) las.

Oui las, t’as bien compris, parce que tu comprendras que je suis un homme du monde moi (c’est par ici), et un homme du monde, eh ben, ça parle pas que de nanas. Enfin, tu vois ce que je veux dire, j’ai probablement des trucs signifiants à dire, des trucs à te signifier. Signifiant, signifié, je trouverai bien chaussure à mon pied et moins de références à deux balles à d’obscurs linguistes. Faut s’affirmer, dis-je.

Allez, je t’embrasse.